samedi 11 avril 2015

Bayrou contre Sarkozy : un duel inattendu qui pourrait tout changer (pour la droite)

Avatar de Thierry de Cabarrus


LE PLUS. Après les propos prêtés à Nicolas Sarkozy sur le Sida et François Bayrou, ce dernier a décidéde rentrer sur le ring en expliquant que Nicolas Sarkozy était le seul responsable de sa défaite en 2012. Et que ce n'est pas parce que Bayrou a appelé à voter Hollande au second tour de l'élection. L'arbitre de ce match ? Alain Juppé. Explication de Thierry de Cabarrus.

François Bayrou, le 12 février 2015 à Paris, au siège du MoDem (J. MARS/JDD/SIPA).

Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy ne s’appelle ni François Hollande, ni Alain Juppé, ni même Marine Le Pen. Non, celui qui veut le voir rendre gorge et qui se mettra sur sa route, c’est François Bayrou.

Nicolas Sarkozy aurait dû se méfier. Car au lieu de faire la paix avec le patron du Modem qui, à ses yeux, a provoqué sa perte en mai 2012 en appelant à voter Hollande, au lieu de pratiquer "le pardon des offenses" préconisé par Juppé, le président de l’UMP n’a cessé de tirer sur lui à boulets rouges.

Sarkozy a perdu à cause de Sarkozy

On n’insistera pas sur cette injure ignoble ("Bayrou, c’est comme le sida") que Nicolas Sarkozy dément avec fermeté mais qui est rapportée à deux reprises, ces jours-ci, par deux journaux différents, "Le Point" et "Le Parisien", et qui paraît plausible, eu égard au degré de haine qu’il semble éprouver vis-à-vis du maire de Pau et qu’il manifeste dès qu’il en a l’occasion, notamment pour discréditer son rival Alain Juppé.

Pour autant, il y a fort à parier que François Bayrou,  l’orgueilleux qui depuis 2002 se présente à chaque présidentielle pour incarner le centre, ne supporte plus ce genre insultes, que cette dernière soit avérée ou non.

Il suffit, pour s’en convaincre, de lire l’article du "Point" dans lequel il se permet de remettre les pendules à l’heure une fois pour toutes. Non, martèle-t-il à l’attention de son accusateur, il n’est pas la cause de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, car ce dernier n’avait pas besoin qu’on le pousse pour échouer :


Et pour se convaincre de la justesse de l’analyse, il suffit de se rappeler à quel point le président de la République sortant suscitait rejet et exécration de la part des Français.

À quel point également, la droitisation de sa campagne (sous l’influence de Buisson) et la manière à la fois grossière et démagogique avec laquelle il s’était mis à courir derrière les voix du Front national avait fini par indisposer les plus mesurés des électeurs.

Bayrou ne se couchera pas devant lui

François Bayrou, à l’évidence, n’est pas un traitre, lui qui prévient au contraire Nicolas Sarkozy de ses intentions. Si, à la suite d’un tripatouillage de l’élection interne ou, pour toutes autres raisons, Alain Juppé n’est pas en mesure de sortir gagnant des primaires de novembre 2016, alors, le maire de Pau se trouvera "libre" de tout engagement. Il pourra alors se lancer (pour la quatrième fois !) dans la bataille de la présidentielle afin de barrer la route au président de l’UMP (ou des Républicains, qu’importe).

"Si Juppé ne l’emporte pas, je serai dans la situation que j’ai construite depuis longtemps : je serai libre, affirme-t-il. Si sur la table, le jour du vote en 2017, on trouvait seulement les bulletins de vote Hollande, Sarkozy et Le Pen, des millions de Français n’auraient pas le bulletin qui représente leur opinion."

Nicolas Sarkozy sait donc à quoi s'attendre. Soit il aura été lui-même éliminé par Alain Juppé qui aura su attirer dans son camp une partie des centristes et les plus modérés de l’ UMP, soit il lui faudra affronter celui qu’il appelle "le sida" selon la rumeur et qui pourrait bien, cette fois encore, le faire trébucher.

François Bayrou est en colère, blessé d’être si mal traité depuis 2012 par le président déchu, aussi est-ce avec un malin plaisir doublé d’une volonté de le défier qu’il lâche ces mots à l’hebdomadaire :

"Nicolas Sarkozy a l’habitude que tout le monde plie devant lui et se range, voire se couche. Ce n’est pas ma nature."

Juppé pris entre le marteau et l’enclume ?

Aucun doute, c’est une véritable déclaration de guerre que vient de prononcer le centriste, qui vaut pour Nicolas Sarkozy mais qui ne laisse à Alain Juppé pas d’autre solution que d’aller jusqu’au bout et de gagner.

Car le maire de Bordeaux a beau avoir un comportement à la fois clair et exemplaire non seulement face au Front national, mais aussi en ce qui concerne l’alliance qu’il souhaite avec tous les centristes (y compris le Modem) lors des élections intermédiaires, un doute subsiste quant à sa capacité à tenir le choc face au bulldozer Nicolas Sarkozy.

Sera-t-il capable de faire le grand écart entre ses convictions personnelles et sa volonté de ne pas entrer trop tôt en dissidence, au risque d’avaler des couleuvres qui pourraient le décrédibiliser ?

Prend-il toute la mesure de la combativité et du talent qu’a son rival pour endormir ses adversaires (ne rassemble-t-il pas la "famille ?") ou pour les assassiner (que reste-t-il de François Fillon ) sans autre forme de procès?

Alain Juppé, désormais, est pris entre le marteau et l’enclume, entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou qui, à la moindre faiblesse, n’hésiteront pas à l’éliminer du jeu de la présidentielle. Il n’a d’autre choix que de réussir. 

Une ultime ambition : éliminer Sarkozy ?

À se demander si François Bayrou, après trois échecs à l’élection suprême, ne limiterait pas cette fois son ambition, non pas à vouloir devenir président de la République en 2017, mais plus simplement à barrer la route à un candidat qui, à ses yeux, comme à ceux de beaucoup de Français, est devenu néfaste, voire dangereux par ses convictions changeantes, ses agitations et ses outrances.

Dès lors, François Bayrou ne se contente pas de soutenir (pour l’instant) Alain Juppé. Il ne parvient pas à se résoudre que le centre ne soit rien d’autre qu’une force d’appoint à l’UMP, ce parti qui, grâce à l’UDI, a gagné les élections départementales de mars dernier.

Voilà qu’à nouveau, il envisage de relancer sa fameuse "Alternative", cette alliance des centres (UDI plus Modem) qu’il avait construite à l’automne 2013 avec Jean-Louis Borloo.

C’est d’ailleurs ce projet d’union qui avait mis en rage Nicolas Sarkozy, quelques mois plus tard, quand, en juillet 2014, il avait osé dire au patron de l’UDI :

"Tu te rends compte ? T'as passé cinq ans avec Chirac, t'as pas eu un rhume. Cinq ans avec moi, pas une grippe ! Tu passes un an avec Bayrou, on a failli t'arracher un poumon".

Il relance "l’Alternative" qui inquiète Sarkozy

François Bayrou, lui, n’a pas dû oublier cette insulte, inspirée sans doute par l’inquiétude de celui qui l’a formulée. Elle prend un écho tout particulier avec la formule lamentable attribuée à Nicolas Sarkozy sur le sida.

Le patron du Modem ne se gène pas pour redire, dans "Le Point", qu’il n’a pas abandonné l’ambition de réunir les centres :

"L’Alternative, lors des européennes [de mai 2014], avait obtenu un score et un nombre d’élus importants (10 % des voix, 7 sièges). Cela se refera, je n’ai aucun doute sur ce point. Il n’y a qu’une seule majorité possible pour redresser ce pays, c’est ce que j’appelle l’arc central : une majorité capable de réformes et de rassemblement, qui va du centre-gauche au centre-droit."

Nicolas Sarkozy est prévenu. Même s’il pousse jusqu’au bout son idée de transformer l’UMP "du sol au plafond", même s’il parvient à placer des hommes à lui dans chaque département dévoués à sa cause pour 2016 puis 2017, François Bayrou se mettra en travers de sa route.

Il dispose pour cela d’un plan "A" qui s’appelle Alain Juppé. Et, si cela ne marche pas, il utilisera son plan "B", c’est-à-dire qu’il partira lui-même au combat. Avec cet article du "Point", tout le monde sait à quoi s’en tenir. Nicolas Sarkozy ne pourra pas dire, cette fois, qu’il a été pris en traitre.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1352152-bayrou-contre-sarkozy-un-duel-inattendu-qui-pourrait-tout-changer-pour-la-droite.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire